Origine de l'article
Raconter n'importe quoi, mais surtout ne pas parler de politique, non ?
G 8
La manif et le plaisir de la marche
Quand des milliers de personnes descendent dans la rue pour manifester, on peut s'interroger sur leur motivation profonde. Ne serait-elle pas liée au simple plaisir du déplacement à pied?
PAR GENEVIEVE GRIMM-GOBAT
(article paru sur Largeur.com).
Faudra-t-il ajouter le parcours genevois Malagnou-Etrembières à la longue liste des itinéraires entrés dans l'histoire de la contestation, tels que Bastille-République à Paris, Market Street à San Francisco, Narodni Avenue à Prague ou Plaza de Mayo à Buenos Aires?
Si les manifs sont des chemins initiatiques, la désobéissance commence souvent par la marche. C'est en marchant que l'on dénonce. On dit d'ailleurs que la révolution est «en marche», et le mot «marcheur» s'est enrichi, en 1960, d'une nouvelle acception pour devenir également «personne qui participe à une marche de protestation» (Petit Robert). Au sein d'une société sédentarisée, les occasions de découvrir le charme lié à notre mode naturel de déplacement sont devenues rares. Défilés, cortèges et autres parades permettent de se le réapproprier. Un «bénéfice collatéral» en quelque sorte.
Rebecca Solnit, auteur d'un ouvrage -- «L'art de la marche», aux éditions Actes Sud -- en a fait l'expérience. Ce sont en effet les armes nucléaires qui l'ont amenée à éprouver le plaisir que procure la marche. Avec ravissement, elle découvre que son corps suffit à la transporter là où elle veut aller.
Comment cela? Dans les années 80, elle militait dans le mouvement antinucléaire et participait aux manifestations organisées au printemps sur le site d'essais nucléaires du Nevada. «Nous manifestions en marchant. Dans les actions que nous organisions sur le site d'essais nucléaires, poésie de la nature et critique de la société ne se dissociaient pas. Ce fut pour moi une révélation de réaliser que j'accomplissais un geste politique en marchant.»
Marcher, c'est être dehors, dans un espace public de plus en plus à l'abandon. Se dévoile alors à elle le goût romantique pour la promenade et le paysage de la tradition résistante et révolutionnaire des démocrates.
Dans un ouvrage récent, Margaret Gilbert, une philosophe anglaise, propose précisément, pour comprendre la nature des groupes sociaux, d'analyser ce que signifie «marcher ensemble». Des personnes qui déambulent ensemble constituent pour elle un paradigme des phénomènes sociaux en général et forment ce qu'elle appelle un «sujet pluriel».
Au gré des circonstances, la marche, de mode de déplacement, peut devenir discours dans les manifestations et soulèvements de rue. Les acteurs sociaux y éprouvent le sentiment de former un groupe ou d'agir comme un seul corps et de pouvoir dire un «nous» qui ne se réduit pas à une addition de «je». Que d'histoires imprimées par les pieds des citoyens marchant à travers leurs villes!
En 1998, le G8 se réunissait à Birmingham et se trouvait déjà confronté à des milliers de piétons participant à une «fête des rues planétaire» qui prit d'assaut la principale artère de la ville.
Défiler dans la rue, faire la fête dans la rue, est devenu une façon de refuser d'en être dépossédé. Une manière de revendiquer l'espace de la ville et de la vie publique. Une occasion d'affirmer avec force que, comme l'écrit Rebecca Solnit, «ceux qui marchent ensemble sont déjà arrivés à leurs fins».
A quelques jours des manifs tant redoutées en ville de Genève, son Université organise une conférence-débat* consacrée à la marche comme thérapie. Programmée de longue date, cette rencontre prend aujourd'hui une connotation bien particulière.
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Conférence, mardi 20 mai, 18h30, Uni Mail, Genève, salle S150.
Inventaire-invention
L'écrivain Dominique Sigaud répond aux question de Patrick Cahuzac de la revue Inventaire-Invention
P.C. : N'as-tu pas le sentiment que l'ambiguïté des résidences d'écrivains, dans leur ensemble, vient du fait qu'on a recours à des écrivains pour mener des actions qui sortent de leur activité principale, écrire, et qui s'apparente plus, parfois, à de l'action sociale, voire à de l'animation ?
D.S. : Je ne dirais pas les choses comme cela. Je suis d'accord pour avoir ce genre d'activités comme les ateliers d'écriture. Je travaille la langue et là, je vais la travailler avec d'autres gens. Je suis absolument pour conduire ce travail. Même pour des raisons politiques, je suis absolument pour aller soutenir chez les autres, notamment dans des quartiers défavorisés, l'existence de leur langue et soutenir le fait que, oui, chacun a une langue et chacun a de quoi dire avec cette langue. En tant qu'écrivain, je connais un peu mieux les tenants et les aboutissants de ce que c'est d'écrire sa langue et la difficulté à laquelle on se confronte pour avoir sa propre langue écrite et l'identité que cela permet de soutenir à l'intérieur de soi. En revanche, ce qui me gêne de plus en plus c'est de savoir quelle utilisation en est faite par l'institution. Il me semble qu'il manque une réflexion fondamentale sur ce genre de travail et notamment sur le rapport au public à qui l'on propose rencontres et débats multiples le cadre de ces résidences d'écrivain.
P.C. : Que veux-tu dire par là ?
Un type du nom de David Christoffel s'amuse à balancer des textes totalement, et certainement volontairement amphigouriques, sur toutes les listes de diffusion intellos ou arty depuis des mois. C'est pénible. Il doit penser que c'est de l'art. On ne le contrariera pas, il fait cela avec tellement de sérieux le brave garçon.
Un exemple.
"Ne vous offensez pas si mon zèle indiscret
De votre solitude interrompt le secret."
(Racine, "Bérénice", Acte II, sc. 4, v. 557-558)
La ville n'est pas vivifiante ou ce n'est pas parce qu'elle est grande. Sa
grandeur est éventuellement ce qui laisse à penser, par ci par là, que parfois
c'est par sa grandeur même qu'elle est vivifiante. Mais sa grandeur est encore
ce qui laisse à penser et ce que vous en pensez n'est jamais aussi grand. Car
c'est la ville qui vivifie, parce qu'elle est la ville. Et la ville n'est pas
la ville parce qu'elle est grande, à cause de citoyennisme aussi bien.
Indépendamment de tout ça, justement, elle est la ville parce qu'elle n'est pas
une ville. Les intrusions sont bien des questions de légalité alors qu'il n'y a
pas de réseau qui ne se veut pas urbain. Même lorsqu'il n'est pas très vaste,
le réseau est à la taille du réseau tant qu'il n'est pas une ville, c'est-à-
dire un réseau. C'est pourquoi : une ville. Et une ville n'est pas aussi
vivifiante que la ville ou n'importe quel réseau.
Là-dessus, j'ai bien l'impression que le décharné mène quelque part et que ça
ne fait pas problème d'être décharné, ce n'est pas pour ça que ça l'est, à
cause de l'impression : un quelque part n'est plus terrifiant mais c'est une
névrose que passer à côté, la peur de mettre le temps, de se trouver blindé,
d'être terré dans une institution, bourgeoise, où la gloire pas plus que
l'insistance n'ont quoi que ce soit d'honorable, mais tant il y a de restes,
ils sont toujours aussi intéressants qu'épouvantables, ils fonctionnent
par intrusion sauvage, par prise de force : d'autant de violences automatiques.
A ce type de sujet, un projet d'écriture n'a rien à faire, il ne peut être un
projet ou qui ne regarde l'étoffe de ses restes, interactifs sans
volontairement. Il n'y a pas de quoi être fier de pirater ce qui ne prête à la
gloire aucune insistance, il n'y a pas de quoi être fier et pas de quoi pirater
sinon : là, le verset 11, 1 de l'Epître aux Hébreux : "la foi est une manière
de posséder déjà ce qu'on espère."
- alors que l'aléatoire même est impuissant à rationaliser
le choix de ses destinataires, la pressure de leur collection
alphabétisée, alors promise à autre chose à faire que relever
les rétro-surlégitimables : brouillages, confusions, saturations,
ont tout à gagner à ne pas gagner une logique argumentative
pour ne pouvoir poursuivre le syllogistique de la chose;
"Là, nous n'avons rien su que de la renommée,
Qui par un bruit confus diversement semée,
N'a porté jusqu'à nous ces grands renversements
Que sous l'obscurité de cent déguisements."
(Corneille, "Rodogune", Acte I, sc. 1, v. 39-42)
Tout ça n'est pas très sérieux parce que ça fait beaucoup ; ou parce que ça n'a
rien à voir avec les autres ? il faut faire attention en prenant la littérature
au sérieux : il faut faire attention quand on prend la littérature au sérieux
et il n'est peut être pas très sérieux de faire attention avec la littérature,
à vrai dire, la suspicion me laisse aussi circonspect que du genre dont il ne
s'agit pas encore !? Il faudrait mettre en cause une trajectoire déjà faudrait-
il répondre d'une cible. Il faudrait harceler l'impossibilité de la
sollicitation pour déjà ne plus répondre en terme de désir limpide. Il n'y a
pas de demande tout à fait respectable parce qu'il n'y a pas de vélléité
raisonnablement élucidable. C'est pourquoi on ne peut suivre la volonté de qui
que ce soit sans avoir à se faire punk ou ré-enroler les participants et les
exprimés.
le plus fantoche des fanzines pouvait prévenir : "oldschool indus, c'est dans
la veine de ce qui se faisait dans les années 80 : test dept., einstürzende
neubauten, gerechtigkeitsliga, s.p.k. etc. pour citer des trucs connus. du
métal, des cris des synthés glauques,..." ; "breakcore : dans le style axiome
[le dernier 12"], venetian snares, dj scud, rotator, shizuo, etc. une forme
hardcore non-répétitive, destructurée de la jungle/drum'n'bass, ultra rapide,
saturée, poussée à son extrême violence, le bruitisme de la techno sans être
pour autant stupide." ;
mis à part le fait que le mot "oldschool" soit très efficace et bandant, est-ce
que le fait que la traduction littérale en français "vieille école" ait une
incidence sur son élection générique, ou est-ce qu'il ne faut pas mettre à part
et meme ne compte que sur son caractère bandant / phonétiquement parlant, donc.
"Gardez-vous d'imputer au poison de l'envie
Les funestes chagrins qui dévorent ma vie."
(Campistron, "Tiridate", Acte I, sc. 6, v. 321-322)
Ce qu'on va faire ensemble doit rester un problème. Rien ne permet d'en déduire
un objet de jouissance ressucé comme tel. A repenser aux messages très
précédents, quasiment anciens, s'émeut comme s'émeut de toute façon la pensée
de ces moments de passions, naissantes, insouciantes, - Passions, oui, il y a
eu ça et il n'y a pas de raison d'en rester au temps où on se les voulait bien
enflammer. Mais, en y repensant, on se doute bien que ça ne peut pas se faire
comme ça : si on se tient aux autres aux uns, par idéalisme, on ne pourrait en
répondre, si on se jette aux nouvelles histoires, alors joyeusement débusquer
la vanité des échéances qui expirent pour ne pas rougir trop coloré. En y
repensant, on laisse passer la question, on se satisfait de la confusion que ça
drâine, ou ne pas admettre pas de refuser tout éclaircissement, il faut que
quelque chose se passe entre nous : il faut que ça avance
Pour autant que ça fascine très fort, ça intimide beaucoup, on traîne
l'impression de savoir que ça ne peut pas etre aussi simple, on la fait durer
pour qu'elle occupe le temps, qu'elle fasse la diversion la plus folle,
syntaxiquement au moins, on s'embrasse si fort qu'il nous faut en attendant
quand on remarque les premières fois
c'est qu'on n'est pas très frais
dès qu'on sort des grands mots
on donne l'impression de longue vue
il vaut mieux laisser promener son imaginaire
que sentir ce qu'il y a dans l'air
une occasion n'est jamais assez frontale
pour qu'on ne fonce jamais dessus que pour de faux
une deuxième chance est déjà une dernière
chance : un moment difficile à surveiller
( |Tout-Terrain| Copyright David Christoffel )
Dialogue attrapé sur la liste "Intellos précaires".
/Pour être honnête, je n'ai pas compris le dixième de ce que tu as écrit.
Voilà bien le problème quand on fréquente un forum d'intellos et qu'on
n'est pas au niveau.../
Bon, justement, il ne faut peut-être pas généraliser, ça n'engage que moi.
Et d'ailleurs je m'engage tout de suite à faire des phrases plus courtes
(c'est pas la première fois qu'on me fait remarquer mon style proustien de
gare, faut croire que moi non plus je ne suis pas au niveau...). En plus,
qu'il y ait un forum d'"intellos précaires" n'empêche pas d'y participer et
de monter, ou de participer en même temps à toutes sortes d'autres forums,
il n'y a pas encore de réglementation en la matière (à condition toutefois
d'avoir une connexion internet, tu as entièrement raison)
/Libre à toi de lire ce que tu veux dans ce que je n'ai ni écrit ni
pensé. Je ne peux pas t'en empêcher, juste signaler au passage un zeste
de mauvaise foi./
Je n'ai pas écrit ni pensé que tu l'avais écrit ou pensé. Je me suis juste
demandé quel choix personnels et/ou publics ça pouvait impliquer
aujourd'hui, et lesquels ça devait exclure, même si tu ne le dis pas en
toutes lettres. Vu les discours culpabilisateurs et moralisateurs qu'on
tient aujourd'hui massivement à l'intention de tous les mauvais Français qui
ne veulent pas s'adapter à un mode de vie conforme à un état de guerre
économique et de crise perpétuel supposé, certaines choses que tu dis (sans
les dire) ne tombent pas dans l'oreille d'un sourd, ni d'un muet d'ailleurs
(merde, c'est encore trop long, je ne suis toujours pas au niveau).
/une augmentation
massive du smic faisait partie du programme d'un certain le pen, puisque
tu tenais tant à le citer en parlant de moi../
Le SMIC, c'est comme son nom l'indique un salaire; le revenu garanti, ou
inconditionnel, c'est un revenu sans contrepartie salariale, bref c'est
inconditionnel. Quant à l'affaire le pen, je propose d'en rester là, avec
même des excuses pour ce que j'ai dû dire sans le dire.
/l'humanisme, c'est un peu comme les frites mac cain : c'est en général
ceux qui en parlent le plus qui en font le moins./
Je ne crois pas avoir parlé d'"humanisme" et d'ailleurs, rien que d'en
parler, je me sens un peu intimidé. Je ne sais même pas exactement à qui je
suis utile ni en quoi faisant, mais si je le savais je ne me verrais pas en
faire étalage, par exemple pour faire taire un interlocuteur dont je
n'arriverais pas à me faire "comprendre". C'est justement ce que j'ai voulu
dire, et que j'ai mal dit : traiter d'intello quiconque veut invoquer autre
chose que quelques vérités sur lesquels tout le monde peut (ou doit?)
s'accorder pour en faire toute une politique, parler d'utopie, de démagogie,
etc., c'est une pratique un tantinet agressive qui en vaut une autre (la
mienne, par exemple...).
/Tant que la situation économique ne s'améliore pas, l'argent doit aller
aux plus démunis, et non à ceux qui ont un toit sur leur tête et même un
accès à internet.
Tu sais ce qu'on leur répond, aux handicapés graves qui ont l'audace de
demander un hlm ? "on s'en fout !". texto. /
Je cite ces deux phrases en les juxtaposant parce que j'ai l'impression
qu'il doit y avoir un rapport, bien que tu ne dises pas lequel.
Qui est ce "on" qui dit "on s'en fout"? Est-ce que c'est le même qui a un
toit sur la tête, un accès à internet et qui veut tout garder pour lui?
Je ne vois pas en quoi l'idée du revenu garanti t'empêche de t'engager
personnellement auprès des plus démunis. A-t-on besoin d'invoquer "la
situation économique" pour cela? Moi j'ai cru comprendre que le revenu
garanti, c'est une revendication, pas une promesse gouvernementale, qu'il
s'agit de porter pour en obtenir des effets qu'on ne peut pas complètement
prévoir ni mesurer (on peut juste se référer à des expériences passées). ça
ne veut pas dire que demain on rase gratis. Mais ça veut dire a contrario
que ça n'est pas forcément plus "démagogique" que de laisser entendre que :
"tant que la situation économique ne s'est pas améliorée, il suffit de
modifier la redistribution des revenus pour que tout aille aux plus démunis"
et "une fois qu'elle se sera améliorée, on pourra en donner aussi un peu à
tous les autres". Ou bien alors, tout "intello" que je sois censé être, il
faut m'expliquer un peu 2 ou 3 mécanismes socio-économiques que je ne suis
pas foutu d'"intuitionner" avec la même facilité que toi. Et éventuellement
me dire à vue de nez combien de temps il va durer, le "Tant que la situation
économique ne s'améliore pas".
Pendant ce temps j'espère qu'on peut quand même continuer à discuter,
d'autant que sur internet, au moins, on est sûrs de pas en venir aux mains.
Remue.net
Reproduction d'une newsletter particulièrement amphigourique du site Remue.net
Pascal Quignard revient à l'automne chez Grasset avec les trois premiers livres d'une oeuvre sans limite temporelle, "Dernier royaume".
On y retrouve, dans l'intérieur même de chaque livre, tous les visages de l'oeuvre telle qu'on la connaissait.
C'est tellement beau et puissant qu'on ne résiste pas à scanner, au hasard, le chapitre XI du second livre, "Sur le Jadis", 10 pages sur les 300 du livre, en guise de bonnes feuilles. >
remue.net est au rythme d'été, ça compense...
cordialement
F Bon
Pascal Quignard / De jadis
CHAPITRE XI
Nous sommes à la merci d'images qui n'ont aucune source visuelle en nous. Nous avons vécu avant de naître. Nous avons rêvé avant de voir. Nous avons entendu avant d'être sujets à l'air. Nous sommes entrés en contact avec le langage avant d'être envahis par le souffle. Nous avons été soumis aux noms et aux mots avant d'accéder à la maîtrise vocale. Nous avons prononcé et articulé ces mots et entonné cette langue par sidération maternelle. De la même façon, la société où nous allons pénétrer, la langue à laquelle nous allons obéir, la durée que nous allons éprouver, l'Histoire où nous allons nous engloutir, sont antérieures à notre conception. De la même manière, notre mère, notre père, leur excitation, leur étreinte, leur émotion, leur râle, leur ensommeillement, leur rêve, nous précèdent. Ce sont des fragments d'images impulsives, ou compulsives, ou plus simplement pulsives, spontanées, d'une seconde ou deux, par lesquelles le temps se précède lui-même dans l'invisible.
Nous sommes les pousses de l'antériorité invisible.
*
Échos d'images.
Échos d'images nocturnes.
À la fois des fantômes que l'aube chaque jour foudroie et des fantasmes que chaque veille déteste.
*
La nuit revient cependant et ces figurations inopinées s'offrent à des occasions peu à peu récurrentes. Les échos se répercutent au cours du temps au fond de nous, resurgissent de manière imprévisible. Et comme leur imprégnation date d'avant le langage, et leur surgissement d'avant nous-mêmes, ils reviennent de façon nécessairement ineffable. Aussi ne se communiquent-ils aux autres hommes qu'associés à des macules, à des maladies, à des bouts de langage apeurants (des aveux angoissés, des récits difficiles à faire, des moments vides qui emplissent d'effroi, des abîmes).
Plusieurs fois par nuit ces moments-à-images-sans-source dressent irrésistiblement notre sexe ou ils le dilatent dans le sommeil.
Nos familles s'accroissent.
La société se reproduit.
C'est ainsi que la communauté humaine est directement intéressée dans son destin (son Histoire) à ces images involontaires du passé, antébiographiques, choquantes, préhumaines.
*
Je définis Éros comme une tension; tensio qui dresse ou ouvre; qui se fait ligne ou cercle; qui se fait ligne qui devient cercle; jaillissement qui retombe en s'épanchant ou en satellisant.
Je suggère que cette séquence à deux pôles fait se toucher, incendie, électrocute, secoue dans la synchronie irrésistible.
Je nommerai cette impossibilité de résister à l'émission jouissance, c'est-à-dire synchronie généreuse. En la nommant généreuse j'entends souligner le fait qu'elle est de pure perte.
Cette synchronie-qui-se-perd définit la temporalité.
Je pose enfin que cette synchronie (d'autant plus singulière qu'elle est involontaire, image surgissant involontairement dans le rêve, sexe se dressant involontairement dans le sommeil) effraya les premiers hommes jusqu'au langage.
Extases des proies mises à mort remontant des ventres humains qui les ont ingérées.
Extases des morts hors de leur tombeau revisitant la tête des hommes qui en sont les fruits.
Ces extases correspondaient à chaque fois, synchroniquement, à l'extase du sexe sans raison.
*
Le sexe se dresse de nouveau dans la nuit comme le printemps se dresse de nouveau dans l'année.
À l'occasion d'un rêve à figures nocturnes, pour les individus.
À l'occasion d'un rêve à figures peintes dans une grotte perpétuellement obscure, pour les groupes.
*
Le langage est la seule résurrection pour ce qui a disparu.
C'est ce qui permet de répondre à la première énigme: pourquoi l'extase du passé devint une extase du langage.
Il y a une deuxième énigme.
Deux passés peuvent être confrontés: Le passé comme théophanie. Le passé comme deuil.
Il y a deux sources du temps.
Le temps n'est pas une donnée objective de l'existence animale même s'il ne cesse de surgir et de proliférer dans la faune et dès la flore et depuis les premières vagues se soulevant sur la première mer hélant, mugissant après la figure lunaire alors toute proche.
Pendant des millénaires le temps fut un pur sortir. L'espace sortant. Le temps fut pur " issir " dans l'ici.
Le devenir poussait en avant chaque saison comme un revenir vers sa plus grande force, vers sa sève fécondante. Le temps avait un but: c'était ce
que la langue française appelle de façon merveilleuse le printemps. Les Romains l'appelaient ver et s'ils dirent rpimum tempus, ce fut pour marquer le premier temps - le temps fort selon le temps. Le premier temps est l'origine temporelle. Le printemps est la phanie elle-même.
Divergeant de l'issir, puis s'opposant à lui, l'irréversibilité orienta les morts durant des millénaires (les entassements de pierres empêchaient leur retour) tandis que la réversibilité orientait la nature que cherchaient à imiter les vivants. Tous les rituels étayaient la poussée (en latin la pulsio) de la force vivante éparse dans la nature et la vie - arrière-fond du milieu où ils évoluaient qu'ils préféraient nommer la force. Les premières sociétés humaines furent inventées comme des machines à faire revenir les proies de la chasse. Comme assurant le retour des bourgeons, des baies, des petits, des croîts. " Compulsion " de répétition veut dire " hantise " de reproduction.
De là deux passés.
1. Le passer-à-Jamais, l'aller dans l'autre monde, le deuil, la poussière, les enfers mésopotamiens, le schéol juif. Comme le laisse entendre le mot hébreu, il s'agit simplement d'une poubelle municipale. Il s'agit d'un auto-nettoiement social (une " expulsion " de déchets à ne pas faire revenir).
2. Le passé de ce monde comme printemps à faire sans cesse revenir.
D'une part le passé orienté, bâti sur l'axe, sur la flèche mortelle, irréversible. Le passé qu'on cherche à rendre sans retour. Le passé qu'il faut inhumer, empierrer, dolméniser, éloigner, décapiter, incinérer, fouetter, marquer, ensanglanter, découper, clouer, etc.
D'autre part le passé projeté à l'aval construit sur deux axes qui se font face à partir du cercle récurrent, céleste, saisonnier qui fait revenir annuellement le venir de la vie animale, végétale, sociale. Passé qu'il faut faire revenir. La réapparition gouverne le temps social comme elle assaille les parois des grottes paléolithiques. Au temps de la royauté romaine, vis, vir, virius, vi-riditas sont une seule notion.
Référer le cyclique à l'irréversible fut une immense tâche collective dont la date est récente et dont l'" impulsion " fut chrétienne.
Restent deux effets du temps construit par les langues-sociétés humaines, se polarisant très tôt comme est et ouest. D'une part l'effet mort individualisant (décollectivisant). D'autre part l'effet source, astral-végétal-animal-social-total (l’esse solaire).
*
Les anciens iaponais ne fêtaient que les charnières du temps.
Pour eux tout dans le temps est charnière. En latin ostium. Ostia. Ostie. Tout instant est une porte qui s'ouvre.
En japonais est temps tout ce qui trace. Le temps dans le lieu est tout ce qui le trace. Et toute trace se renforce et renforce la Force qui laisse la Trace dans l’Etre. Cette Trace est devenue Site.
C'est la nature en personne, dans l'ancien monde des japonais, qui écrivait le temps sous forme de minutieuses séquences saisonnières avant même que l'écriture fût importée de la civilisation des Chinois.
Ce n'était pas une ligne verticale mais une ellipse, une chevauchée comparable aux mouvements que font les vagues pour atteindre la rive, pleine de contenus, d'hebdomades, de tâches circulaires.
Saluer le temps, contempler la nature, être respectueux de la société, la reproduire dans le ventre des femmes, forment une même cérémonie.
Le temps dans la pensée japonaise est densité qui s'érige. Concrétion de l'espace concret. Chaque saison est verticale. Aucune détérioration au cours de l'accroissement du temps ne l'affecte. Aucune négativité ne l'habite même dans le cas des disparitions individuelles qui ne sont qu'autant d'occasions de réapparitions dans les naissances auxquelles elles obligent les sur-vivants.
Le temps dans le japon ancien est une dictée de plénitude.
Le serpent muerait éternellement et l'homme mourrait? L'homme ne meurt pas: il mue; son nom se transporte du sénescent au naissant comme les âmes dans les cris et les souffles.
L'autre monde est le passé qui revient. Comme l'eau neuve de la source jaillit de l'autre côté. L'autre côté de la paroi se dit en japonais muko.
Le mot autrefois se dit mukashi.
Autre côté et jadis sont le même.
*
Comme l'eau en regard de la source (comme l'eau qui revient sans cesse de l'autre côté de la paroi pour sourdre) chaque homme est venu d'Autrefois et y retourne une autre fois à partir de l'altérité de l'autrefois qui le précède.
Les événements passés sont tous contemporains de l'altérité étrange qui y vit.
Tel est l’Autrefois.
Tous les ancêtres sont comme tous les fruits qui pendent aux branches des arbres. Toujours le descendant et l'aïeul, le jadis et le faite instantané de la vague contemporaine s'épousent comme les deux côtés d'une surface.
Au japon, on sait que la nostalgie insiste jusque dans la mort. Il faut aider les disparus à disparaître. Ce sont les nô. Représentations où les non-vivants regrettent les saisons, attendant le moment de s'y réinscrire.
Jamais le temps ne dévitalise ce qu'il produit. Les ères remontent toutes au soleil. L'empereur descend toujours anonymement dans son rayon. L'enfant est aussitôt un démon c'est-à-dire un ancêtre qui est entré dans la maison et qui émet des signes de ressemblance qui bouleversent.
Au bout d'un certain nombre d'années, le mûr devient vieillard; il faut aider le vieillard à devenir ancien; puis il faut aider l'ancien à devenir mort. Mais même au cœur de ce que les anciens Français nommaient la vieillonge le cercle ne se trouve pas accompli. Encore faut-il au cours de trois modes funéraires aider le mort à devenir défunt; puis le défunt devient ancêtre; puis l'ancêtre s'impersonnalise jusqu'à redevenir matière divine et à pouvoir revenir au travers des poussières qui volettent dans les rayons que le soleil lance. Alors son nom totalement effacé peut rebaptiser comme à sa source nominale un nouveau-né. Quand on meurt, un feu voyage, un éclat quitte le visage: il se déplace dans le temps, touchant un autre visage, visage des nouveau-nés. C'est pourquoi le visage des nouveau-nés est encore plus fripé que celui des vieillards. C'est au solstice d'été qu'a lieu la fête des morts : le soleil, se retournant soudain, tue tout ce que sa face ou son disque dévisage; l'hiver revient.
Aux deux solstices les deux mondes se rapprochent. Les mains se touchent au travers de la paroi de la grotte des montagnes sacrées.
Il faut faire vivre le vivant signifie : Il faut faire mourir les morts. Ce sont des cercles qu'on roule dans la nuit.
La mort est finie dans le temps comme la retombée de la ligne verticale du sexe dressé qui lui donne naissance. Le temps est fini et circulaire comme le soleil.
Lors des Fêtes nues les jeunes gens (C'est-à-dire les hommes dans leur printemps) se dénudaient entièrement dans la bise ou la tempête ou la neige, nouaient un simple bandeau blanc sur leur front et, glissant sur la glace, s'efforçaient de réparer la crise cosmique du solstice, de reféconder la nuit avec leur sexe dressé et jaillissant pour renouveler la force temporelle et réimpulser le cycle saisonnier.
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Dialogue attrapé sur la liste "Les Libertariens"
Hello C...,
>Actuellement en vacances, je passe une bonne partie de mon temps a convaincre les personnes qui m'accompagnent des vertus du liberalisme (sympa les vacances!). Ce n'est comme toujours pas chose facile , mais meme si je ne les convertis pas, mes idees passent, sont comprises et difficilement refutables.
Bel effort et bon courage :-)
C'est pas du gateau... surtout si on veut garder la bonne humeur. Mais il faut
bien passer par la.
Hervé et Jean-Luis t'ont déjà répondu de manière assez complète, je vais juste
donner un autre angle de la question:
>Je me suis neanmoins trouve "leger" pour repondre a une question relative au sort reserve aux victimes de maladies "rares" dans une societe liberale.
Je suis tenté de répondre "Facile!". Il suffit de leur demander quel est le
sort des personnes atteintes de maladies rares dans nos sociétés actuelles.
Est-ce qu'ils s'imaginent réellement que n'importe qui a droit aux mêmes soins
que Roi Fahd, actuellement à Genève pour cela? Les meilleurs spécialistes
internationaux, tout le tralala?
Tout au contraire, plus le système est socialiste et plus il sera rationné et
distribué selon des critères de quotas plutôt que de besoins:
- En France, quand une unité de soins a épuisé son "budget" alloué par l'Etat,
ils doivent en principe cesser de fonctionner.
- En Suisse, ils viennent de prendre deux décisions qui vont dans la direction
de la réduction des soins, ceci suite à 6 ans d'ingérence étendue dans le
système médical.
- En Angleterre, système hyper-socialisé de la médecine, il faut parfois
attendre un an pour des traitements courants.
Alors ne commençons même pas par parler de "maladies rares". Dans le
socialisme, on fera semblant de s'en occuper, mais des tas de gens mourront de
pneumonies et d'autres problèmes relativement anodins. A Paris, c'est bien un
hôpital d'Etat flambant neuf qui a eu un problème de légionellose.
C'est le point de départ de toute discussion autour d'une question libérale:
EUX: "Sans Etat, on aura xyz problème" - Réponse: "Le monde actuel AVEC Etat A
DEJA le problème xyz. Au pire, vous êtes donc en train de dire que rien ne
changerait SANS Etat. Mais si le Status Quo est le pire qui puisse arriver,
alors on peut sans problème prendre le risque!"
>J'ai bien entendu parle de la charite, etc. mais par exemple, face a une maladie rare, comment celle-ci pourrait-elle se mettre en place avec efficience ?
Dans une société libérale, tout d'abord il y aurait beaucoup moins de gens
pauvres.
Le nombre et la gravité des cas de misère en Suisse est incomparablement
inférieur à ce qu'on voit en France. La Suisse est environ 3 fois plus libérale
que la France. DONC: plus de libéralisme = moins de misère.
Le nombre de personnes dépendantes de la charité sera donc inférieur. Même en
supposant que tous les bien-pensants qui votent actuellement socialiste s'avère
être des faux généreux, qui n'avaient voté qu'en faveur de leur propre bourse
et qui cessent d'être généreux quand ils n'en profitent plus, il devraient bien
rester un certain nombre de gens authentiquement généreuses - ou alors des gens
qui font ça pour leur status social - pour soutenir les quelques organisations
charitables encore nécessaires.
Il ne faut pas oublier qu'à l'heure actuelle, l'administration de la
distribution de toute aide sociale d'Etat coute environ 70 à 80% du montant
total distribué, qui est de plus attaché à des conditions draconiennes,
pénibles et bureaucratiques.
>Ainsi, ne faut il pas une certaine taille critique pour qu'un reflexe de charite organisee s'institue ?
Moins que pour un effort de lobbying politique. En fait, le marché est souvent
en mesure de satisfaire des demandes extrêmement marginales. Prends ma
production d'un système de développement pour [nom de société]. Ca
concerne à l'heure actuelle peut-être 0.1% de tous les informaticiens, pourtant
je le mets à disposition quand-même (un jour, je remplacerai Microsoft :-))
Et en fait, les informaticiens concernées ne représentent probablement que 2%
de la population totale. Combien de services d'Etat s'occupent des besoins de
0.02% des habitants? Il faut avoir une taille critique énorme pour même être
perçu comme "besoin". Si ce dont tu as besoin ne concerne pas au moins 10% des
gens, t'as aucune chance de te faire entendre. L'Etat, c'est pour les moutons.
Faut surtout pas trop se différencier ou avoir des goûts ou des besoins
particuliers.
>J'ai pour la premiere fois un peu eu l'impression en repondant a mes detracteurs que pour defendre les ideaux liberaux qui sont les miens, je n'acceptais pas certains effets pervers; l'impression d'idealiser des principes, qui apparaissent secondaires face a la question delicate qu'est celle de la maladie.
Comme disait Hervé, ton malaise ne concerne en rien un monde d'où les actes
criminels des gouvernements sont absents, ça ne concerne que la triste réalité
qui est que dans notre monde, il n'y a aucune sécurité véritable, que notre vie
est bien trop courte et difficile.
POURTANT !!!!
Les hommes ont réussi à changer cela dans une certaine mesure et on fera encore
beaucoup, beaucoup de progrès, SI on reste libre d'explorer, de se développer,
d'investir et d'utiliser nos resources comme on le souhaite.
La meilleure preuve est encore en Suisse. Notre niveau de liberté est à
beaucoup de niveaux "anarchique" par rapport à la France. Pourtant c'est loin
d'être le chaos par ici...
>Question connexe: ne faut-il pas parfois accepter que le liberalisme, comme tout autre systeme d'ailleurs, ne fournisse pas de remede en reponse a des maux bien particuliers, et ne pas tomber dans les dangers d'une théorisation excessive ?
Le Liberalisme n'est PAS un système comme les autres. C'est une erreur fatale
de se laisser entraîner dans ce type de concept.
Le Libéralisme est un "META-SYSTEME": Il ne dit pas COMMENT faire quelque
chose, il dit juste quelles sont les conditions nécessaires et morales pour
qu'on puisse espérer que quelqu'un trouve la solution appropriée à un problème
donné.
L'absurdité du socialisme est justement de croire qu'on puisse toujours donner
une même réponse à tout problème: plus d'Etat. En fait, les socialistes, avec
toute leur haine de l'argent, sont d'affreux matérialistes. Ils pensent que
TOUT pourrait se résoudre avec des transferts d'argent et quand ça ne marche
pas, ils sont toujours prêts à imposer leurs conditions manu militari.
Leur plus gros problème, c'est qu'ils ne comprennent RIEN à la nature même de
l'argent, ni à l'économie en général. Rien que l'idée de la redistribution est
pathétique. La plus grande richesse est évidemment ce qui n'existe pas encore:
tous les services que des êtres humains se rendent les uns aux autres. Tous les
biens matériels par contre sont totalement périssables. La encore, pour les
préserver il faut un gros travail humain. En décourageant ou en rendant
difficile ces prestations de service, ils détruisent la majorité de la richesse
potentielle avant même qu'elle ne puisse voir le jour.
Pour la médecine, c'est exactement la même chose que pour tout autre activité
humaine. Plus elle subit l'étreinte du socialisme et plus elle se portera mal.
Il suffit de constater que l'URSS, sur 70 années d'existance et de gros budgets
étatiques de la recherche n'a pas produit un seul - PAS UN SEUL - médicament
utile !
J'espère qu'avec ça, tu te sens rassuré sur tes principes. Si un principe moral
est bon, ce qui en découle sera bon aussi et vice-versa: si l'Etatisme est
construit sur le crime, il ne faut jamais croire qu'il puisse donner de bons
résultats. Tout ce qu'il mettera en avant comme "réussite" n'est là que pour
cacher les immenses échecs partout ailleurs.
Le secteur spatial soviétique était payé avec le sang et le bonheur de toute la
population russe. DE PLUS il n'a rien accompli que la NASA n'a pas fait mieux
avec moins de crimes - et ce ne sera encore rien comparé à ce que va réussir
l'économie privée, maintenant qu'elle commence à avoir la possibilité d'accéder
à ce domaine d'activité.
Soit dit en passant, c'est bien de douter. Qui ne doute pas ne progresse pas.
Ce sont les questions difficiles qui nous permettent de donner de bonnes
réponses. Après tout, nous ne nous intéressons pas au nombre de Ferraries
vendues dans le monde - contrairement à ce que nos détracteurs voudraient bien
faire croire - mais bien aux questions essentielles de la vie.
S...
De l’injuste exclusion du mot " enculé " des dictionnaires généralistes (texte trouvé sur le Net)
J’aimerais attirer votre bienveillante attention sur l’absence du mot enculé de la plupart des dictionnaires. Leurs équipes rédactionnelles, lorsqu’on les interroge sur cette injustice, n’hésitent pas à brandir l’étendard de la moralité, accablant injustement enculé du fardeau du gros mot. C'est une parfaite absurdité: enculé, qui ne compte que six lettres, n’est assurément pas un gros mot, contrairement à anticonstitutionnellement, qui avec ses vingt cinq lettres en compte presque autant qu’en comporte l’alphabet. Et pourtant, anticonstitutionnellement trouve sa place dans tous les dictionnaires, et même une place de choix, puisque l’on ne manque de le présenter comme "le plus gros mot de la langue française". L'intolérable discrimination qui frappe le mot enculé est donc absurde à double titre: d’abord car l’on tolère bien volontiers "le plus gros mot de la langue française" dans le dictionnaire, ensuite car l’on y tolère un nombre incalculable de mots de six lettres au moins aussi discutables qu'enculé. A commencer par agrion.
L'agrion qualifie une variété de libellule. Je pense qu'à l'exception de Blaise et Zoé, tout le monde est d'accord pour dire que personne n’emploie ce mot. D’abord car l’occasion de rencontrer un agrion, qui est quand même un insecte plus rare que la mouche, ne se présente pas tous les jours. Ensuite car quand bien même, au cours d’une promenade champêtre, le flâneur viendrait à en croiser une sur son chemin, serait-il seulement capable de différentier un agrion d’une autre espèce de libellule ? Non, bien sur, à moins d’être hautement qualifié en entomologie. L’absence du mot enculé des dictionnaires usuels me paraît donc d’autant plus condamnable qu’un mot comme agrion trouve aisément une page entière de définition dans un dictionnaire d’entomologie, et pas une ligne pour enculé. A moins qu’il ne soit d’usage de pratiquer le coït anal chez les insectes, et de l’exprimer dans un langage un peu ordurier. Mais ça se saurait.
Dans mon infinie et légendaire tolérance, qui ferait passer Mère Thérèsa pour un nazillon révisionniste, je veux bien reconnaître au mot agrion une petite utilité, notamment pour les auteurs de chansons paillardes, auxquels il offre une rime intéressante à la célèbre gamme con/nichon/rouston/fellation. Et c’est là toutes les circonstances atténuantes qu’on puisse lui accorder. Mais puisque que vous tenez définitivement à me contrarier, je prendrai un autre exemple. Un autre mot de six lettres. Le mot zeugma, dont voici la définition, d’après le petit Robert : " Zeugma : nom, masculin. Construction qui consiste à ne pas énoncer de nouveau, quand l’esprit peut les rétablir aisément, un mot ou un groupe de mots déjà exprimés dans une proposition immédiatement voisine ".
Personne n'aura le toupet de nier d’une part que ce mot n’est jamais utilisé par personne, d’autre part qu’il ne présente aucune forme d’intérêt pour l’auteur de chansons paillardes. Si l’on prend l’exemple de la célèbre chanson "La Madelon", tube planétaire du Marcel Foissard’s Groove Gang, dont je rappelle le refrain à l’intention des plus fans d’Etienne Daho d'entre vous:
La Madelon
Avec son petit cul tout rond
Et sa grosse paire de nichons
Elle sait faire pleurer mes roustons
Imaginez si l’auteur avait remplacé "roustons" par "zeugma" :
La Madelon, elle sait faire pleurer mes zeugmas
C’est ridicule, ça ne rime pas, et ça n’est aucun sens. Ce n’est donc pas pour rien que Marcel Foissard a préféré roustons à zeugma. Si il avait choisi zeugma, il n’aurait pas été crédible, on l’aurait considéré comme un rigolo dans le monde de la chanson paillarde, il n’aurait pas fait la prestigieuse carrière internationale qu’on lui connaît, et qui l’amène aujourd’hui à collaborer avec les artistes les plus renommés de la planète, de Céline Dion, qui prépare actuellement une adaptation anglophone de son album "La foire au néné", à Luc Plamendon, avec lequel il co-signera dès la rentrée prochaine la version paillarde de la comédie musicale "Notre dame de Paris" sous le titre "Esméralda garage à bites".
Moralité (puisque il est d’usage de la citer à tout bout de champ) : Le mot enculé a mille fois sa place dans le dictionnaire. Et s’il était encore besoin de le prouver après cette démonstration pourtant accablante, j’ajouterai qu’en plus des raisons douteusement morales sus-évoquées, enculé mérite d’être réhabilité pour de simple raisons démocratiques : il ne se passe en effet pas une journée dans ce bas monde sans que des milliers de personnes n’utilisent ce mot: automobilistes (et ton clignotant, espèce d’enculé) amateurs de football (arbitre, enculé), jeunes malappris (enculé de ta mère), Laurent Gerra (la techno, c'est bien une musique d'enculé)... Bref, le monde entier l’utilise, à l’exception d’une poignée d’académiciens séniles, qui ne jugent donc pas utile de lui accorder sa place dans le dictionnaire. Pour insulter leur prochain, les académiciens utilisent plutôt : "va donc eh, bachibouzouck!". C’est une question de génération.
J’admets volontiers qu’il n’est pas non plus nécessaire d’être vulgaire lorsqu’on invective un chauffard. Mais que dire à la place d’ "apprend à conduire, enculé!" ? Les synonymes d’enculé ne sont pas nombreux… Personnellement, je n’en vois que deux : "homosexuel passif", et "hétérosexuel adepte de pratiques sexuelles contre nature". Et il faut bien admettre que les invectives "... et ton clignotant, homosexuel passif ! " ou " Arbitre, hétérosexuel adepte de pratiques sexuelles contre nature ! " n’ont aucun mordant.
Cette fois-ci, je pense que la démonstration est faite.
Et si t’es toujours pas convaincu, vas donc te faire enculer voir chez les grecs.
Casseurs2hype
La hype comme fascisme atrophié. Le parallèle est osé, mais les critères
communs sont troublants : culte de la personnalité (le fasciste célèbre le
culte du chef, le hypeux célébre le culte de soi), suprématie d'une caste
sur toutes les autres (la hype se définit comme une élite, et le plus triste
est qu'elle y croit parfois), et terreur morale (diktat de la tendance, du
buzz et de l'absolue nécessité de rester hype) sont présents dans les deux
phénomènes (toutes proportions gardées, et nonobstant l'horreur de l'un et
le ridicule de l'autre).
On parle du « diktat de la mode », on ne croit pas si bien dire.
Le hypeux est la version chromée toute-option de l'homo festivus de Muray,
qui ne fonctionne qu'à l'affect et au ressenti. Un individu jouisseur mais
inconséquent, dont l'unique culte vise sa propre personnalité narcissique,
encouragé par tout un fatras médiatique et publicitaire, quelques théories
sur le nouvel hédonisme sauce Hakim Bey, le néo-dandysme creux de quelques
bobos de chaîne cryptée, la jouissance de l'instant présent, et les thèses
sur le retour du dionysiaque. On glorifie l'instinct, quel qu'il soit.
Mais loin de libérer les instincts animaux du petit occidental consumériste,
ce fade hédonisme narcissique actuel n'est qu'un papier cadeau qui emballe
la standardisation de l'individu. On professe l'unique pour le niveler.
"Vous êtes libres, vous êtes formidables, « we can be heroes », scandent les
publicités, et ces conneries d'ouvrages sur le « développement personnel ».
Négation de l'effort, négation de la rigueur, glorification du contentement
de peu, et suprématie du caprice sur le labeur (inversion ironique de la
phrase de Cioran) sont des slogans à destination de volailles qui se sentent
libres parce que la pub leur a dit qu'elles l'étaient. Mais toutes
consomment à peu de choses près les mêmes produits, argumentent selon les
mêmes stéréotypes, toutes sont « follement originales », et dramatiquement
conformistes.
Ce crétin de hypeux moderne croit donc évoluer dans un « village global »
ludique, une sorte de Disneyland géant, entre des simulacres de cultures
réïfiées et vendues sous cellophane, et des produits de consommation dont la
collecte éternelle ne vise qu'à combler son vide existentiel (« quel meuble
me définit le mieux ? Quelle sortie ne pas rater ce mois-ci ?»), et ne
déplore que l'obscénité du quotidien.
Dans cette optique, la hype est une des expression la plus aboutie du
tribalisme. Ce communautarisme fait un grand retour dans toutes les
composantes de la société, et la petite élite médiatico-branchouille n'
échappe pas au phénomène. Maffesoli a redéfini le concept de « tribus », de
micro-castes sociales postmodernes, rassemblant les individus dans de
nouveaux cercles depuis l'effondrement du modèle familial et la faillite des
comportements de classe.
Qu'il soit appliqué aux modes de vies (night-clubbing, dresscodes, voyages.)
, ou aux tendances sexuelles, le tribalisme est l'élément de rattachement,
la nouvelle norme de proximité. Et on le clame haut et fort, quitte à
adopter ainsi un comportement de mouton crétin. Cette revendication n'est
plus celle d'une « réalisation », mais d'une « appartenance » : on est
original, différent, en ce qu'on ne fait pas partie des moutons de la tribu
d'en face. On est "clubber" ? Cool, au moins on regarde pas TF1. On lit Nova
? Au moins ne lit-on pas Management. C'est une dialectique aussi simpliste
que ça. Une dialectique de l'opposition, de la définition négative. Bref, du
vent.
On se concentre sur tous ceux auxquels on ne ressemble pas, en occultant
tous ceux desquels on est un parfait clone.
La tribu est du reste rapidement récupérée par les publicitaires comme
argument de vente. C'est un élément de rattachement providentiel pour les
responsables marketing, qui n'ont qu'à la traduire en créneau commercial. L'
amitié de Ferré se résume à quelques textos qui permettent de « garder le
contact avec sa tribu » (blip ! blip !) ; et Jean-No erre entre növö-situs
post-deleuziens et skaters de la Courneuve. La tribu n'est qu'un miroir, un
environnement immédiat qui légitime le culte de soi, le rend crédible,
plausible, « naturel ».
La hype est un affligeant troupeau d'individus-extrêmement-originaux-
intéressants-et-cools. Un conglomérat de personnalités autocélébrées.
Si le fascisme, c'est la multitude vouant un culte immodéré à une seule
personne, la hype est la multitude de cultes personnels immodérés.
Les historiens seront évidemment moins sévères, mais ils n'ont pas fini de
se marrer."
Koozil pour http://casseurs2hype.fr.fm
V.2 "La peau et les os"
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AMPHIGOURI, Revue de textes idiots
LES GENS, (vous savez comment ils sont)
LA SIESTE, Le portail de la sieste
MON DIMANCHE, Revue populaire illustrée
DON'T DISTURB. Les nuisances publicitaires (bientôt)
HYPNOSIS, le monde est hypnotisé ; il fait n'importe quoi!
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TRIPPED CHURCH INC. L'église des plombs pétés
ANTIFOOT. Les nuisances du football
POPOULOUS REPUBLIC. Tout sur la banane, car nous vivons en république bananière
LOS PARANOS. On veut nous rendre paranos, or nous le sommes déjà!
METEOMIZIO :le premier journal intime prévisionnel.
Pitas.com : ils hébergent cette page.
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